Sandrine AUBERT, tu es née aux pieds des Alpes. Etait-ce pour toi une évidence de consacrer ta carrière à la montagne et au ski ?

Oui, je suis presque née les skis aux pieds ! J’ai grandi dans un environnement sportif et en particulier autour de la neige. Mon père est moniteur de ski mais j’ai plutôt appris le ski derrière ma Maman avec qui on se baladait sur les pistes et on allait pique-niquer en montagne.

Je voulais absolument intégrer le ski-club, je ne parlais que de ça quand je n’étais que microbe (vers 6 ans). J’ai eu la chance d’avoir une enfance presque sauvage aux 2 Alpes où l’on passait notre temps dans les champs et à grimper aux arbres l’été et à faire du ski l’hiver.

Très vite, j’ai suivi le chemin de la compétition avec ma première compétition internationale “Les Milles Pattes” quand j’avais 8 ans, les entraînements trois jours par semaine et pendant toutes les vacances d’hiver et les stages d’été sur le glacier de la station l’été. Puis j’ai intégré les classes sportives, les sections ski études et le lycée d’été, le pôle France…

Racontes-nous comment on passe de Championne Olympique des jeunes en 1999 à Championne du Monde à Zagreb ? La seule clé de la réussite est-elle le travail ?

zagreb 5On me disait que j’avais du talent. Mais des milliers de jeunes ont du talent ! En ski alpin, on a de la chance d’avoir la possibilité de suivre une progression assez structurée avec un soutien au niveau scolaire et sportif avec des regroupements en comités régionaux puis au pôle France.

Je me suis construite petit à petit, étape par étape, des compétitions jeunes jusqu’aux Coupes du Monde en passant par les Coupes d’Europe. J’ai progressé très lentement, j’ai toujours eu besoin de comprendre, d’analyser pour avoir confiance en moi.

J’ai eu de la chance d’être entraînée par des coachs qui ont su comprendre mon fonctionnement et m’aider à performer. J’ai passé une première marche en 2006 lorsque j’ai été championne d’Europe. Ensuite, il a fallu trouver des solutions pour me faire passer le dernier cap qui mène au plus haut niveau en Coupe du Monde.

Nous avons réussi grâce à la pratique de la polyvalence. Je m’éclatais dans toutes les disciplines, ça me permettait de dédramatiser l’évènement et ensuite de m’exprimer dans ma discipline forte.

Je faisais partie des meilleures mondiales. Pour parvenir à gagner, la clé a été de me servir de mes atouts en les sublimant. Je faisais une discipline exigeante de stakhanovistes… Mais de caractère, j’aime jouer, me challenger mais j’ai aussi besoin de confiance, pour que les choses se passent en douceur comme par magie.

On a adapté ma technique à ma personnalité. Au lieu d’être agressive, puissante et combattante comme l’exige le slalom, je faisais un ski fin, précis, technique, fluide et instinctif. C’était ma façon de faire, celle qui me permettait de gagner.

On dit de toi que tu es une athlète curieuse et audacieuse, qui se plait à pratiquer d’autres pratiques sportives et culturelles. En quoi est-ce important pour toi de pouvoir varier les plaisirs lors de tes temps libres ?

Je pense que le talent ne suffit pas.

are skiOn dit souvent que c’est le travail qui fait le champion… J’ajouterais que le champion se construit par la vie qu’il mène. “On ski comme on vit !” disait Pascal Silvestre (un de mes anciens entraîneurs).

J’avais besoin de m’épanouir avec la pratique d’autres sports comme la marche en montagne, la moto, la chute libre, etc… Ce sont toutes ces sensations, ces situations qui ont développé les habiletés dont j’ai eu besoin à haut niveau en plus de l’entraînement spécifique.

D’autre part, je pense que pour gagner, on a besoin d’un équilibre.

D’abord affectif et émotionnel. L’entourage et la manière dont on est géré sont extrêmement importants.

Le coaching devrait avoir une part plus importante dans l’entraînement puisque tout le monde s’accorde à dire qu’elle impacte pour 1/3 les performances de l’athlète. La pratique d’autres activités artistiques ou culturelles m’a aidé à trouver cet équilibre avec par exemple la peinture, la sculpture…

Après une carrière bien remplie, tu as continué les études pour suivre un Master 2 Management des Organisations Sportives à Marseille. En quoi cela a été un tournant pour ta carrière ?

Lorsque j’ai décidé de mettre un terme à ma carrière, j’avais besoin de changer d’air et de m’ouvrir à d’autres univers.

Le Master 2 que j’ai choisi était à Marseille… J’ai pu mieux comprendre l’envers du décor et m’intéresser au sport dans sa globalité. Ensuite, j’ai tenté le concours du professorat de sport car l’approche d’un professeur de sport me paraissait coller à mes besoins.

On ne parle plus seulement d’entraînement, mais aussi de tout ce qu’il se passe autour du sportif. C’est très motivant car tous les paramètres peuvent influencer la vie des jeunes. Autant celle des futurs champions que les autres.

Pour moi, le sport doit permettre une éducation, un développement des jeunes pour qu’ils trouvent leur voie.

Je termine un mémoire sur le leadership, les relations et la motivation à haut niveau et on s’aperçoit que même les plus hautes performances ont pour origine des comportements éthiques… C’est assez inspirant.

Selon toi, que peut apporter une ancienne sportive de haut niveau lors de ses interventions en entreprise ?

Le vécu de tout sportif de haut niveau est différent. Certains parleront de travail, d’abnégation, de combativité… D’autres de rêves à réaliser, d’objectif, de prises de décisions, de choix d’entraînement, etc…

La performance est le résultat de tous ces paramètres. Mais pour moi, certains ont eu une plus grande importance.

 J’interviens aujourd’hui sur 3 thématiques différentes :

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  • La gestion des émotions : tout le monde éprouve des émotions mais tout le monde est différent. Chacun doit donc apprendre à gérer ses émotions par rapport à sa personnalité. Qui êtes-vous?
  • La motivation : chaque champion est unique, il a ce petit truc qui lui permet de faire la différence. Quelle est votre singularité, quels sont vos moteurs d’action?
  • Le leadership : une performance ne se construit pas seule. L’environnement est une des clés. Les relations sont au cœur du système de performance. Le style de leadership appliqué dans un collectif entraîne des manières de penser, de se comporter avec les autres et d’agir dans son activité. Et vous, dans quelle eau nagez-vous?

Pour moi, l’intervention doit vraiment pouvoir se décliner sous plusieurs formes. Par exemple, en tant qu’ancienne skieuse professionnelle, je peux proposer une offre « simple » sous forme de conférence/débat/questions-réponses, ou une offre « complète » avec une sortie ski pour l’ensemble du groupe ou bien coaching après mon intervention . Tout est envisageable ! Quoi qu’il en soit, le ton, lui, sera toujours le même : celui de l’authenticité accompagnée d’une bonne dose d’autodérision !

Retrouvez les interventions de Sandrine Aubert en conférence.

Interview de Sandrine Aubert réalisé par Antoine Souvignet – Janvier 2015

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