Grâce à son double parcours professionnel et sportif, Astrid vous livre les nombreux parallèles qu’elle a pu observer entre le monde du sport de haut niveau et celui de l’entreprise.

Innovation Maker chez Airbus et escrimeuse internationale avec 2 qualifications aux JO, Astrid est avant tout une femme de défi, d’engagement, et représentative de cette nouvelle génération.

Astrid, l’escrime est un sport peu commun et pourtant tu as débuté ta pratique dès l’âge de 5 ans. Qu’est-ce qui t’as motivé ?

Mon histoire avec l’escrime est un hasard de vie tout en étant une histoire de famille ! Le hasard vient de mon grand frère Brice (depuis devenu double champion olympique de fleuret). Intrigué par le bruit des lames qui s’entrecroisent, c’est lui qui pousse le premier la porte d’une salle d’armes. De mon côté, j’accompagnais ma mère qui venait le chercher à la fin des cours et je me souviens que je ne tenais pas en place. Mais il me fallait attendre d’avoir l’âge requis pour commencer ! Ainsi dès que j’ai eu 5 ans, le maître d’armes m’a mis mon premier fleuret dans les mains en me disant « A toi maintenant ! ».

Ce sport était fait pour toi on peut le dire, en témoigne la vitesse à laquelle tu as gravi les échelons. Raconte-nous tes débuts avec l’Equipe de France, c’était un rêve d’enfant ?

Ma première sélection est arrivée sans même m’en apercevoir ! A cette époque, je m’entraîne uniquement deux fois par semaine au club du Vésinet et les entraînements servent autant à progresser qu’à papoter avec les copines !

Tout bascule un soir : alors que je ne suis encore que minimes, mon maître d’armes de club m’appelle pour me dire que je suis sélectionnée pour une coupe du Monde juniors en Italie. A cette époque, je n’avais encore jamais songé à une telle sélection puisque cela nécessitait un double sur-classement ! Je me souviens encore avoir senti mon cœur battre la chamade suite à cette annonce.

Mes années de formation en club restent de merveilleux souvenirs. Je me souviens d’un esprit de famille où règnent la confiance et le bien-vivre ensemble. Après mon BAC, les études supérieures et les exigences du haut niveau me font rejoindre le pôle France à Châtenay-Malabry. A cette époque, la dynamique générale de mon arme est mauvaise. Alors que je suis encore junior, l’équipe de France de fleuret dames sénior ne se qualifie pas pour les JO de Sydney en 2000. Certains entraîneurs en place sont plus là par défaut (faute de candidats, voir en attente qu’un poste se libère chez les hommes) que par passion et les relations interpersonnelles entraîneurs / entraînées sont compliquées… Bref, il n’existe pas de projet de performance pour mon arme qui restera trop longtemps  la 5e roue du carrosse de l’escrime française… Avec du recul, je sais que cela m’a considérablement ralenti dans mes jeunes années séniors ! D’autant que cette période coïncide avec celle de mon double projet académique au sein de mon école d’ingénieure à l’EPF ! J’étais en mode survie : peu de temps pour s’entraîner et mauvaise qualité d’entraînement, j’avais dans les mains un véritable cocktail anti-performance ! Sans faire de la psychologie de comptoir, cette blessure à la hanche en 2007 au moment de la qualification olympique pour Pékin n’est pas un hasard. Heureusement, notre retour à l’INSEP au sein de la grande famille du sport français en 2008 accompagné d’un véritable projet sportif fédéral pour le fleuret dames marque le début d’une nouvelle ère qui perdure encore aujourd’hui. Et pour moi, c’est le début d’un second souffle !

Preuve que le travail et la persévérance paye, tu t’es qualifiée pour tes premiers JO à Londres en 2012. Qu’est ce que l’on ressent dans ces moments ?

Pour des premiers JO, disons que l’expérience londonienne de 2012 fut contrastée… La qualification par équipes et en individuel aux JO de Londres fut une grande fierté ! Après toutes ces années noires au fleuret dames, on voyait enfin le bout du tunnel. D’autant que nous étions mal embarqués au début de la qualification et que nous avons finalement arraché cette qualification sur le dernier match de la dernière compétition sur nos adversaires directes (la Hongrie) ! C’était elle ou nous ! En terme d’intensité et d’émotions, on ne peut pas faire mieux ! Mais après cette qualification, il y a eu les JO… et le 0 pointé pour l’escrime française… Un naufrage collectif certes mais paradoxalement le fleuret dames avait été bel et bien présent ! Certes, nous finissons 4e et donc au pied du podium mais notre bonne dynamique était intacte ! C’est cela que j’ai voulu préserver dans la tourmente. J’ai donc pris le temps de digérer ces JO ! J’ai pris du recul et je suis allée me chercher de l’intérieur en me questionnant sur le « pourquoi » je faisais du sport de haut niveau! Bref, je me suis posée les bonnes questions et du coup, j’ai eu de vraies réponses ! Ce sont d’ailleurs ces mêmes réponses qui m’accompagnent encore à ce jour et qui me conduiront vers Rio cet été.

En plus d’être une grande sportive française, tu as également un parcours professionnel très intéressant. Cela t’a même permis d’obtenir le trophée Sport & Management de la meilleure reconversion professionnelle en 2015. Dis-nous en plus sur ton métier, et sur les parallèles que tu peux faire avec la pratique de l’escrime.

La notion de performance est au cœur d’un projet sportif de haut niveau. Chaque champion développe ainsi inconsciemment sa propre méthodologie pour monter aux sommets, touchant ainsi du doigt les notions de management des hommes et des projets : fixation d’objectifs clairs, capacité à gérer des enjeux importants, à se remettre en question et à gérer son temps.  Il donne également du sens à chacun de ses actions et fédère autour de son projet en s’entourant des meilleurs.

De plus, les aléas du sport de haut niveau (blessure, contre-performance, concurrence) lui apprennent en temps réel à s’adapter à son environnement et à modifier rapidement ce qui est identifié comme néfaste.

Au cours de sa carrière, un sportif de haut niveau développe également des habilités de savoir-être (respect, solidarité, ténacité, rigueur, discipline) et un état d’esprit positif à toute épreuve (engagement, dépassement de soi, détermination, stabilité mentale, concentration, ouverture d’esprit).

Toujours sur le plan des « soft-skills », dans un stade ou sur une piste, un champion fait preuve d’une grande intelligence émotionnelle afin de ressentir l’instant au plus juste. Mêlé à une bonne connaissance de soi, cette aisance dans la compréhension des autres (lecture des regards, langage du corps) et dans la perception de son environnement lui permettent à la fois d’être un bon communiquant et de gérer habilement les conflits.

Avant de se quitter, on aurait besoin d’un petit conseil. Tu prépares actuellement les JO de Rio pour cet été, quelles sont selon toi les 3 maîtres mots pour bien se préparer à la veille d’une grande échéance ?

3 maîtres mots ou plutôt 3 fois le même mot: Etre dans l’instant présent et Etre soi-même pour Etre dans le jeu plutôt que dans l’enjeu!

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